Interview de Ramia Beladel, une “art doer” aussi belle que créative

Interview de Ramia Beladel, une “art doer” aussi belle que créative

La première fois que j’ai rencontré Ramia Beladel, c’était dans le cadre de l’exposition finale de « Design Explore» au 18, Derb el Ferrane chez Leila Hida à Marrakech. J’étais autant impressionnée par ses cheveux, que par ses créations qui dégageaient énormément d’énergie.

Au fil des rencontres dans les vernissages et manifestations artistiques à Marrakech, une amitié s’est développée, et à chaque fois qu’on engageait les discussions, à la fin elle ne s’empêchait pas de me poser la question, « Mais enfin qui es tu ? Tu es partout ! ». C’est alors que j’ai pris les choses en main et je suis allée à sa rencontre. Je lui ai reposé la même question mais différemment et surtout sur un autre ton… 😀

Présentes-toi !

Diplômée de l’Institut des Beaux Arts de Tétouan, je me définis comme “art doer” (faiseur d’art) un terme emprunté du grand Vito Acconci. Je travaille avec une variété de médias, une approche conceptuelle, j’essaie de me rapprocher des sujets d’une manière (multicouches), j’aime impliquer le spectateur d’une manière physique et crois en l’idée de fonction suivant la forme dans une œuvre. J’ai quelques années en moins de l’âge du Christ, je vis et travaille “Ma3akech“ (sourire ).

Parcours artistique ?

Vous savez je suis encore jeune artiste et chaque fois qu’on me pose cette question je me réfère à mon cursus aux beaux arts durant lequel j’ai eu plusieurs ateliers et expositions collectives au Maroc et en Espagne. Une des expériences qui m’a le plus marquée était celle de l’atelier 6th session lab art effectué en 2012 à l’Appartement 22 avec Shezad Dawood. Cette expérience m’a beaucoup aidé  à forger mon identité et mon approche artistique

Apres avoir obtenu mon diplôme en effectuant  un mémoire de recherche intitulé  « nécessité  des intérieurs d’aujourd’hui », un projet qui relie l’art pictural de Kandinsky, sa philosophie et l’architecture d’intérieur en 2012, j’ai commencé à travailler sur des thèmes divers mais qui ont un même point de rencontre celui de l’abstraction et son influence sur notre quotidien et comment rendre des expériences qui passent inaperçues dans la vie de tous les jours, une équation entre la métaphore artistique et l’aspect concret de la réalité. D’ailleurs, c’est dans cet esprit que j’ai réalisé la vidéo «The sieve, 2013 » (le crible) qui a était récompensée par AFAC (Arab Fund for Art and Culture) en citant aussi une autre video intitulée « Behind, 2013 » (Derrière) qui a était parmi la sélection « spéciale vidéo et profile » du Women’s Voice Now Festival aux USA. La même année, j’ai été aussi lauréate de la résidence artistique « Design explore » organisée par le British Council à Marrakech où j’ai commencé la série « Anonymous objects ».

En 2014, j’ai été également invitée à la 3ème édition de la Biennale Méditerranéenne d’Art Contemporain à Oran en Algérie et j’ai eu aussi l’opportunité d’être sélectionnée dans les projets parallèles « Urban fablab » durant la 5ème Biennale de Marrakech, la même année j’ai pris part à la résidence artistique « Sidi Ali » organisée par Cultures Vultures à Fes où j’ai commencé le projet performance rituelle  « Waiting for Godot to bless me ».

Cette année la vidéo « Wipe memory, 2014 » (essuyer la mémoire) fait un peu le tour de l’Europe et de l’Amérique aussi avec le programme international d’art vidéo « Time is love#8 » sous le commissariat de Kisito Assangni. Et récemment j’ai pu montrer pour la première fois un projet qui me tient tant à cœur et qui date de 2012 « Waiting for Godot, 2012 », durant « La Fête des Installions », un événement organisé par l’association Arkane Maroc, à la Fabrique Culturelle des anciens abattoirs de  Casablanca.

Waiting for godot  (traveler), 2012  photography , 60 x 42cm.

Waiting for godot (traveler), 2012 photography , 60 x 42cm.

Anonymous Objects ?

“Objets anonymes” est une série de pièces qui combinent la sculpture et le design d’objet. Dans cette série je traite plusieurs matériaux tels que l’aluminium, le bois (technique inspirée par la designer Hilla Shamia), asphalte, ciment… afin d’avoir un résultat spontané où l’objet devient champ de contradiction entre fonctionnalité et esthétique. Profondément intéressée par l’impact de l’abstraction sur notre quotidien, et comment celui-ci se faufile derrière des chiffres et des codes, je voulais approcher les gens avec des objets plus au moins usuels qui fusionnent dans un esprit d’abstraction afin d’avoir un résultat qui soit plus au moins proche du besoin de la créativité et la nécessité de faire les choses différemment.

Le nom de ce travail vient de la parenté un peu indécise de chaque pièce, car c’est un travail qui se crée dans l’interactivité entre le public, l’artisan, les circonstances du travail, les possibilités que puissent te donner la nature (bois et autre), la coïncidence et tout autres facteurs qui fassent que l’objet aie son aspect final. J’ai des pièces par exemple qui portent des prénoms comme Guiseppe, Karim, Leonardo, Jack et là je suis entrain de travailler sur une nouvelle pièce la toute première pièce qui portera un nom féminin Sophia. Ce sont tous des gens qui ont engendré chacun un objet.

Avec ces objets le public devient utilisateur, l’objet d’art et – si encore on me permet de l’appeler ainsi – n’est pas “sacré”, il est manipulé, c’est un moyen physique d’avoir une sorte de situation avec l’espace et le public ainsi  “l’utilisateur“  interfère avec le travail grâce à des fonctionnalités qu’il peut lui même désigner pour chaque pièce. Des pièces de cette série font partie d’une exposition collective organisée à la galerie Contrast’Art à Marrakech.

Si à travers l’art tu as la possibilité de créer un projet de société, quel serait ce projet ? 

Je crois à la sublimation de l’âme humaine à travers les expressions artistiques, je suis très influencée par la pensée de Wassily Kandinsky qui dit d’ailleurs dans son livre « Le spirituel dans l’art » : La peinture est un art, et l’art dans son ensemble n’est pas une vaine  création d’objets qui se perdent dans le vide, mais c’est une puissance qui a un but et doit être servir à l’évolution et l’affinement l’âme humaine. Tels que les psychologues humanistes aiment la considérée, la créativité reste la réaction  la plus proche pour ne pas dire l’unique aux  besoins intérieurs  fondamentaux de la personne, selon eux on crée pour se développer, croître et s’étendre. Je pense que tous un chacun doit avoir un accès à la créativité, je pense que c’est le Prozac jamais inscrit dans une ordonnance, il faut et par les moyens artistiques créer une société où l’art  n’est pas un luxe mais une porte ouverte sur toutes les disciplines, un corps de société que l’art y sera la synergie comme tout autre domaines.

L’art contemporain au Maroc, en un mot ?

En une phrase : tout est pour le mieux dans le meilleur des “Maroc(s)“ possibles.

Ton actualité ?

Des nouvelles collaborations en ce qui concerne deux projets « Anonymous objects » et « Waiting for Godot ». Je me prépare également pour le Festival Caravane de Tighmert  qui se tiendra du 25 au 27 juillet  dans sa première édition sous le commissariat de Carlos Perez Marin où je vais animer deux ateliers à partir du 19 et aussi exposer quelques pièces de la série Anonymous Objects.

En octobre, la vidéo « The sieve, 2013 » sera exposée durant la  Mediterranea 17 Young Artists Biennale, sous le commissariat de  Andrea Bruciati, Milan, durant laquelle je présenterai ce travail et animerai des ateliers à Milan et à Genova. Pas de projet encore pour 2020, mais ça viendra Inchallah. (Sourire)

« The sieve,2013 » Prix afac « why Culture ?-  2013 »

Faire un tour sur son site web.

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