La Ruche Documentaire : bilan et perspectives

La Ruche Documentaire : bilan et perspectives

Depuis 4 ans, la Ruche Documentaire du FIDADOC, véritable incubateur de projets documentaires, propose des rencontres professionnelles à l’occasion du festival pour permettre à de jeunes documentaristes de se confronter à l’expertise d’acteurs chevronnés de l’industrie, réalisateurs, producteurs, ou encore formateurs et diffuseurs. Cette année, 34 étudiants et 17 porteurs de projets, encadrés par Jean-Luc Cohen (Ateliers du Réel, Paris) et Jean-Louis Gonnet (AFRICADOC, ACID), ont pu bénéficier de masterclass et d’un accompagnement personnalisé. Parmi les porteurs de projets, 7 ont été sélectionnés pour poursuivre leur travail en résidence d’écriture et espérer accéder à la résidence de co-production de Saint-Louis (Sénégal) dans le cadre du réseau AFRICADOC. A l’occasion de la journée de clôture de la 7ème édition du Festival International du Film Documentaire d’Agadir, une séance de conclusion du travail mené tout au long de la semaine a donc été organisée, une façon de dresser le bilan et de faire émerger des éléments de réponse aux questions soulevées ces derniers mois en amont.

Pour la première fois, le FIDADOC accueillait un directeur du Centre Cinématographique Marocain. La présence de Sarim Fassi Fihri représentait ainsi « un signe fort de reconnaissance du festival et du travail accompli » a souligné Hicham Falah, Délégué Général. Rencontré en janvier lors du Doctalk, rencontres professionnelles du documentaire organisées par TV2M, Mr Fasshi Fihri avait appelé les professionnels à se constituer en association pour représenter et « défendre le documentaire de façon indépendante et non pas comme un sous-genre de la fiction ». Il a ainsi rappelé que la problématique majeure ne se situait pas au niveau des moyens financiers, mais plutôt autour de l’organisation et de la communication entre les différentes parties prenantes.

A ce propos, Karim Aitouna, producteur entre Tétouan et Lyon, a exprimé la volonté des jeunes producteurs et réalisateurs de se joindre aux structures existantes pour participer et contribuer à travers une association au soutien à la création, la production, la diffusion et la distribution de films documentaires au Maroc, et a souligné le besoin du soutien du CCM pour exister et accomplir ces objectifs, accompagné d’une « vraie politique claire et précise » pour aider le genre cinématographique. Car, comme le rappelle Reda Benjelloun de TV2M, partenaire officiel du FIDADOC, le Maroc fait état d’exception dans la région et dispose de tous les composantes nécessaires, sociétés de diffusion, écoles de cinéma, et fonds publics y compris, pour faire réellement émerger la production documentaire qui se trouve justement à un moment charnière de son évolution.

Nicolas Philibert, parrain de l’édition précédente, n’a d’ailleurs pas manqué d’insister sur ce bouillonnement de l’industrie documentaire qui est en train de gagner le Maroc et qui lui a donné envie de revenir pour être « témoin de ce moment important ». Une dynamique qui se traduit à l’international par une reconnaissance du documentaire comme un genre cinématographique à part entière avec entre, l’attribution de l’Ours d’Argent du meilleur scénario à Patricio Guzman pour « Le bouton de nacre » lors de la dernière Berlinale, ou encore du Lion d’Or à « Sacro GRA » de Gianfranco Rosi à l’occasion de la 70ème Mostra de Venise.

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Côté marocain, face à l’appétit et au foisonnement de la jeune génération, Reda Benjelloun a apporté une certaine nuance en regrettant qu’il n’y ait pas toujours pas de confort de création et que le travail de la Ruche se fasse encore dans la douleur. Il s’est dit par ailleurs ravi que 2 films issus de ce programme aient été présentés cette année et espère que les autorités compétentes sauront accompagner cette émulation par une libéralisation du processus et un véritable stimulus. La question qui demeure : « comment démultiplier l’action de la Ruche tout au long de l’année et la pérenniser ? » Par un gros travail de pédagogie et de lobbiying a répondu Reda Benjelloun. « S’inscrire dans la continuité plutôt que dans la rupture » ; Hamid Aidouni, enseignant-chercheur a également rappelé la nécessité de connaître l’héritage documentaire du Maroc pour le conserver et de pas déconnecter les jeunes du patrimoine des Ali Essafi et autres Ahmed Bouanani. Pour conclure, Virginie Linhart, administratrice de La SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia), a salué « la qualité de la programmation du FIDADOC » ainsi que « l’énergie, la volonté, et l’amour du documentaire » ressentis sur le festival. Elle a également été impressionnée par le travail des équipes du Cinéma Numérique Ambulant du FIDADOC qui ont permis la projection de films dans des quartiers très excentrés en rappelant qu’audelà de la nécessité de professionnaliser le secteur, il fallait « que le documentaire soit vu par tout le monde ».

Un pari réussi pour le festival qui cette année a orchestré plus d’une dizaine de projections sur toute la commune d’Agadir auprès de centres culturels, d’écoles, d’universités et même en plein air, et a accueilli près de 1000 enfants dans le cadre des projections scolaires. Cette 7ème édition du FIDADOC s’est donc achevée sur une promesse renouvelée du soutien et de l’engagement de l’ensemble des parties prenantes, nationales et internationales, dans le travail d’identification, d’accompagnement et de diffusion des projets documentaires émergeants au Maroc.

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